YANN MINH

DANS LE MONDE VIRTUEL D'UN ARTISTE CYBERPUNK

Depuis 1997, l'artiste cyberpunk Yann Minh construit son propre monde virtuel. Un univers à part entière qu’il a intégralement imaginé et conçu en réalité virtuelle. Du Noomuseum à la machine immersive cybersexuelle en passant par le bateau-violon, visite guidée des recoins de l'imaginaire de l'artiste.

Choisis la pilule bleue et tout s’arrête, choisis la pilule rouge et tu restes dans le monde de Yann Minh.

Depuis son balcon Yann Minh contemple les Espaces d’Abraxas, une cité futuriste aux allures dystopiques située en banlieue parisienne. Pourtant aujourd’hui il ne va pas sortir. L’artiste travaille depuis chez lui, dans une salle dédiée, entre les livres de science-fiction et les figurines.

 
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Petites lunettes sur la tête, l’air enthousiaste, Yann Minh s’installe dans son Nooscaphe, un fauteuil en cuir muni d’un bras articulé auquel est fixé son ordinateur. Il enfile ses NekoMimi, un serre-tête en forme d’oreilles de chat connecté à son cerveau par deux électrodes. “Elles mesurent mon activité cérébrale en temps réel. Quand je suis en état de méditation, elles vont avoir tendance à se coucher et quand je suis attentif elles bougent de manière aléatoire.” L’accessoire est fixé sur son crâne à chaque prise de parole en public ou interview. Une situation familière à l’artiste qui, reconnu en France et à l’international, participe à une dizaine de conférences par an.

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Illustrateur, réalisateur, écrivain, Yann Minh est un touche à tout. En 1983, il expose l’une de ses œuvres, "Media ØØØ", au Centre Georges-Pompidou à Paris. Yann Minh, c’est aussi un visionnaire : il est l’un des premiers artistes français à avoir réalisé des créations en 3D. Son chef d’œuvre est un monde virtuel sur plusieurs niveaux qu’il appelle le Noomuseum. Un  monde chargé de références à des romans qu’il a publié, aux évènements marquants de l’histoire robotique, ou encore à l’histoire de l’art. Un monde qu'il construit depuis 1997.

Pour naviguer dans sa création, Yann Minh a transformé une manette de console Wii qui lui permet de contrôler son avatar. Il est le seul à vraiment se pouvoir se repérer dans ce monde interconnecté qui reprend l'esthétique des premiers jeux vidéo en 3D. “On va prendre le troisième portail de droite et le deuxième à gauche pour rejoindre le niveau de l’arche”, annonce l’artiste installé dans son fauteuil futuriste.

 
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L’univers est immense, vivant et chargé en symboles. Au détour d’un couloir, un personnage surgit du décor sans prévenir. C’est NøøPhidia, une créature inspirée des codes de la mythologie grecque, du folklore japonais ou encore de certaines traditions africaines et inventée de toutes pièces par Yann. “Toutes mes oeuvres, toutes mes créations sont en fait des métaphores de notre voyage, le voyage que tous les artistes font dans un monde dématérialisé.”

Portail 5, lumière tamisée : voici la galerie dédiée au cybersexe. Un mot qui, selon l’artiste,  décrit une réalité plus large et banale qu’il n’y paraît : “C’est à partir du moment ou tu as des relations sexuelles en utilisant un outil qui amplifie ta sensualité. Si on est un intégriste, c’est quand tu entretiens des relations sexuelles avec un dispositif cybernétique. Mais des intelligences artificielles avec lesquelles tu baises, j’en connais pas”. Si on suit le guide, le simple fait d'utiliser un sextoy pour “amplifier” ses relations relèverait donc du cybersexe.

 
 

Le domaine est l'un des sujets phares de l'artiste. C'est dans les années 1980 que Yann Minh modélise son premier appareil dédié, le cyber sex engine. “C'est une sorte de fauteuil qui nous permet de recevoir et d'émettre des sensations physiques pas seulement visuelles et oculaires mais des sensations tactiles et physiques et en l'occurrence des sensations orientées vers des stimulis de type sexuels et sensuels”, explique l'artiste. Pour l'instant, l'engin n'existe que virtuellement dans le Noomuseum, mais Yann Minh ne désespère pas de concevoir un premier prototype pour environ 50 000 euros.

Terminus tout le monde descend. Après trois heures de balades dans le Noomuseum, Yann Minh enlève ses NekoMimi et quitte son monde virtuel, épuisé sur son Nooscaphe. Mais il ne reste pas dans le monde réel très longtemps, ce soir il rejoint ses compagnons du Café VR, une rencontre mensuelle autour de la réalité virtuelle. “Les mondes virtuels n’ont pas grand chose à envier à la réalité, de toute façon les mondes virtuels c’est aussi la réalité, juste une autre réalité.”

Article publié le 15/01/2018

 

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