SUR LE FIL

AVEC LE PIONNIER DE LA HIGHLINE FRANÇAISE

En 2011, Guillaume Rolland marchait sur sa toute première slackline. Sept ans plus tard, l'équipe qu'il a co-fondé, SDD Slackline, regroupe quelques-uns des meilleurs highlineurs du monde. Leur passe-temps ? Marcher en équilibre sur des sangles tendues à plusieurs centaines de mètres au-dessus du sol. TARGO a passé une journée avec le fondateur de l'équipe française pendant le Troglodyte Highline Tour, le rendez-vous de la highline qui a lieu tous les ans dans le parc national des Cévennes, dans le sud de la France. 

Sous le panneau “Grotte 50 m”, trois bouts de bois sont plantés dans l’herbe :
“THT”  Ce week-end de juin, les trois petites lettres ont été disséminées un peu partout dans le parc national des Cévennes, dans le sud de la France, pour indiquer aux participants du Troglodyte Highline Tour qu’ils sont bien au bon endroit.

Depuis trois ans, le festival “THT” regroupe chaque année une centaine de passionnés venus du monde entier pour “slacker” dans les montagnes des Cévennes. Tous sont accros à la même substance : la highline. Dérivé de la slackline, créée dans les années 1970 par les grimpeurs américains du Yosémite, la highline consiste elle aussi à marcher en équilibre sur une sangle. À ceci près qu’elle se pratique au-dessus du vide, parfois à plusieurs centaines de mètres du sol.

 
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En contre-bas du panneau “Grotte de Dargilan”, un petit campement a été installé à côté du premier spot. Une dizaine de highlineurs sont regroupés dans des camions et des tentes. C’est l’heure du déjeuner pour les organisateurs du festival. Fourchette de quinoa en bouche, k-way orange sur le dos et casquette sur la tête, un grand garçon s’agite. Guillaume, 34 ans, est l’un des plus vieux du groupe. C’est aussi le fondateur de SDD Slackline, l’équipe française qui regroupe quelques-uns des meilleurs highlineurs du monde et détient le record du monde de longueur de la discipline : une ligne de 1662 mètres de long traversée en 2017.

Guillaume est pressé, il doit finir les ancrages de plusieurs lignes avant l’arrivée des participants. En équilibre sur un rocher, il s’assure que toutes les highlines posées la veille sont en règle avant de s’octroyer le plaisir d’une petite ligne. “Là je viens me sécuriser sur les deux sangles. Donc la rouge c’est la sangle principale. C’est celle sur laquelle normalement on marche. Et la verte c’est la sangle de back-up. Donc c’est la sangle de sécurité qui est là au cas où la première viendrait à casser.” Concentré, le regard fixé droit devant, il traverse en quelques secondes, pieds-nus, l’une des dix sangles tendues entre les falaises de la grotte de Dargilan.

 
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“Moi ma toute première slackline c’était en 2011, raconte Guillaume. Donc à l’époque c’était vraiment confidentiel. Si tu voulais faire de la highline, il fallait installer toi-même tes lignes. Maintenant tu peux quand même trouver pas mal de rassemblements où tu vas pouvoir faire de la highline sans avoir à installer puisque les organisateurs le font pour toi comme ici au THT.”

Guillaume a beau consacrer une grande partie de sa vie à la highline, il n’en vit pas, contrairement à quelques membres de ses co-équipiers de l’équipe française. “Je suis contrôleur aérien”, explique le trentenaire. “C’est vrai qu’au début mes collègues étaient surpris. ‘Quoi tu marches sur un fil dans les airs ?’ Je leur expliquais que j’allais camper des jours dans des grottes sans prendre de douche etc. Ils disaient : ‘ah ouais d’accord’.”

En France, si la pratique a été popularisée par quelques événements particulièrement médiatisés (traversée de la Tour Eiffel au Trocadéro par Nathan Paulin en 2017, record du monde battu par Pablo Signoret…), le sport reste reste encore largement méconnu du grand public. Si bien que pour assurer sa survie, l’équipe française de slackline part régulièrement en Chine, friande de la discipline, pour réaliser des prestations rémunérées.

 
 
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À peine les vérifications terminées sur le premier site, le doyen du groupe s’élance dans sa petite voiture blanche, cordes dans le coffre, en direction du second site du festival, à une vingtaine de kilomètres du premier. Là bas, une dizaine de highlineurs sont déjà en équilibre dans les airs.

Au milieu d’une ligne de plus de 200 mètres de long, un highlineur vient de “faire un leash”, comprendre il vient de tomber et est suspendu dans le vide par une corde qui l’assure. “La première grosse peur c’est la peur de la mort. Inconsciemment c’est ça, t’as peur de tomber, que le matériel soit pas suffisamment résistant et tu fais une chute de dizaines voir centaines de mètres”, reconnaît Guillaume. En France, aucune législation n’encadre la pratique.  Pourtant, si le sport est particulièrement impressionnant, les risques, eux, sont minimes, assure Guillaume. “Principalement des blessures ou entorses quand on retombe mal.”

 
 
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Guillaume reconnaît qu’au fur et à mesure des traversées, la peur s’est estompée. “Au début on a peur en permanence. On a peur, on tremble. Mais avec l’expérience on a plus vraiment peur en highline”, explique t-il en s’installant sur une ligne de 170 mètres de long. “En tout cas c’est plus une peur consciente. Même si y a toujours au fond de ton cerveau un petit truc qui te dit que c’est pas normal” poursuit Guillaume en se suspendant dans le vide. 

Article publié le 25/07/2018

 

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