MONSIEUR LE VAMPIRE

JACQUES SIRGENT, PREMIER VAMPIROLOGUE AU MONDE.

Livres de vampires au bout des doigts, anecdotes et discours enflammés au bout des lèvres, Jacques Sirgent a beau s'habiller toujours en noir, l'homme est un personnage haut en couleurs. Écrivain et historien, l'ancien universitaire a tout quitté en 2003 pour se dédier à sa passion : les vampires. TARGO l'a suivi dans le musée qu'il a installé dans son jardin en banlieue parisienne et dans le cimetière du Père Lachaise, où il passe la plupart de son temps depuis une dizaine d'années. 

“S’il y a des gardes je vous fais un signe”, prévient Jacques Sirgent en faisant mine de se frotter la nuque, “et gardez dix mètres d’intervalle entre vous et moi, ce sera plus sûr”. Lorsqu’il entre dans le cimetière du Père Lachaise, Jacques Sirgent prend ses précautions. Il en est certain : son activité peut lui porter préjudice.

Jacques Sirgent est "vampirologue". Écrivain et historien, il s’intéresse à l’étude de la symbolique du sang et à l’univers des vampires depuis son plus jeune âge. Et dans ce domaine, le cimetière du Père Lachaise est un formidable terrain de jeu : “J’y vais cinq fois par semaine depuis douze ans”, annonce fièrement l’ancien universitaire.

 
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Chaussures noires, pantalon noir, t-shirt noir, veste noire, cheveux noirs : Jacques a beau essayé de jouer la carte de la discrétion, il passe difficilement inaperçu. Livres de vampires sous le bras, l’homme déambule frénétiquement dans les allées du cimetière. Il avance rapidement, se retourne, jette des regards furtifs de droite à gauche sous ses petites lunettes rectangulaires. S’arrête devant une tombe. Reprend sa course. Il cherche.

Symboles mortuaires vampiriques, chauves-souris, tombes entrouvertes, croix celtiques… Chaque signe est décortiqué, interprété. Chaque anecdote racontée avec une intensité parfois déconcertante. “Le 21 décembre dernier, je me réveille avec une phrase lancinante en tête ‘Il y a quelqu’un au Père Lachaise qui désire une rose’, explique t-il en cherchant du regard une tombe. Donc j’ai acheté une rose (...) et j’étais attiré par une tombe que je ne connaissais pas, et voilà”. Il se plante devant une plaque où est inscrit le nom “Désirée Rose”. Sur le sol, une rose fanée semble confirmer l’anecdote. “Je ne crois pas aux miracles mais je crois à l’extraordinaire.”

 
 
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Avec Jacques Sirgent, le moindre détail peut devenir un conte. Conter est d’ailleurs devenu l’activité principale de l’ancien universitaire. Trois fois par semaine, il propose une visite ésotérique du Père Lachaise. 2h30 de visite pour 18 €, qu’il essaie de mener avec discrétion car “les gens du cimetière n’aiment pas le fantastique”.

À ses explications ésotériques, il mêle anecdotes et enquêtes personnelles parfois surprenantes. Au milieu d’une allée ombragée, il s’arrête. “Un jour, j’étais dans un café en train de me dire : ‘il est enterré où Dracula, le vrai ?’ Quelqu’un s’approche de moi, s’assied en face de moi et me dit : “Dracula est enterré au Père Lachaise dans un tombeau”. Et il me donne deux indices : ‘Vous ne reconnaîtrez le tombeau que par les deux chauves-souris qui sont dessus. Mais vous ne les verrez pas vraiment, vous ne les verrez qu’en esprit’.”

Sur le fronton d’une tombe où est écrit “Le Duc”, il montre deux taches de rouille sur la grille en fer de la petite chapelle. “Les voilà les deux chauves-souris”. Jacques en est certain, c’est bien la tombe du comte de Dracula, le prince Vlad Tepes qui a inspiré le personnage de Bram Stoker. L'allée est ombragée (les vampires n’aiment pas le soleil), sans croix (elles pourraient dissuader les vampires de s’y installer) et située au croisement de l’Avenue Feuillant et du chemin… de la cave.

 
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Des explications qui pourraient paraître tirées par les cheveux pour certains, mais que Jacques aiment à croire véridiques, du moins probables. “Je raconte des trucs incroyables quand même. Je suis à la limite de l’improbable (...) Mais j’ai jamais dit que c’était vrai. J’ai dit pourquoi pas, c’est peut-être possible.”

Plutôt fier de sa trouvaille, Jacques Sirgent en a profité pour récupérer des morceaux de la grille du supposé tombeau du comte Dracula pour les exposer chez lui dans son “musée des Vampires”. Situé aux Lilas, en banlieue parisienne, le Musée des Vampires et Monstres de l'Imaginaire n’est pas très bien indiqué. On y entre par un chemin de terre parallèle à une rue calme. Avec le temps, l'inscription “musée” de la devanture rouge du portail a perdu quelques lettres. Une fois la lourde porte franchie, un jardin délaissé où traînent bouteilles vides et radiateurs usagés annoncent l’entrée du musée.

Jacques Sirgent habite dans la maison héritée de son grand-père au fond du jardin et a installé sa collection personnelle dans l’atelier adjacent. Deux lumières jaunâtres éclairent la pièce où s’entassent des bibelots, des affiches, des piles de livres et les dernières trouvailles mortuaires de Jacques. Tous sont liés à l’univers vampirique.

 
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C’est en 2003, après avoir quitté son travail d’universitaire, que Jacques Sirgent décide d’ouvrir un musée dédié à l’univers des vampires. “À l’ouverture j’ai reçu la visite des services secrets”, assure-t-il “puis du diocèse, qui était suspicieux au début mais ils ont adoré”. Depuis, une poignée de visiteurs fréquentent le lieu chaque mois. Parmi tous les objets amassés au fil du temps et des rencontres, Jacques affectionne tout particulièrement son miroir anti-vampire fabriqué par son grand-père avec du plâtre, ou encore son arbalète anti-vampire “venue de Serbie” et le chat momifié, retrouvé dans une tombe du cimetière.

Quand on lui demande s’il croit aux vampires, Jacques assure que non. Pour lui, le vampire est plutôt une représentation de la liberté. Un être libre d’aller et venir la nuit, de “croquer le cou des gens”, mais sur lequel l’homme garde le dessus : “Le vampire il frappe à la porte, vous êtes libre de lui ouvrir ou non”.

“J’ai des curieux, des romantiques... mais le profil c’est des gens qui cherchent autre chose”, affirme Jacques. Car la plupart des visiteurs viennent surtout écouter le conteur avant l’historien. “Y a deux catégories de personnes : ceux qui ont aimé le Petit Prince et ceux qui l’ont détesté”, explique le vampirologue. “Souvent ceux qui l’ont détesté sont assez hermétiques à mes histoires.”

 
 

Article publié le 02/07/2018

 

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