MOISSONNEUSES BATTLE

ivres, ils transforment une moissonneuse-batteuse en machine de combat

Des gros moteurs, de la gadoue et des tireuses à bière : bienvenue dans une course de moissonneuses-batteuses (alias Moiss Batt Cross). Chaque année, Robin et ses amis font rouler leur Moiss Batt thunée de 350 chevaux sur les pistes terreuses de la fête de l’agriculture de Vendée. Nous les avons suivis pour le weekend.

Canton de Mortagne-sur-Sèvre, Vendée, France. À la Blaire, quatre gaillards s'affairent autour d’une étrange machine. Avec ses quatre mètres de haut, ses arceaux de sécurité, son siège baquet et ses ceintures de rally, difficile de croire qu’il y a quelques années encore, l’engin servait encore à couper du blé.

Et pourtant, pour la deuxième année la moissonneuse-batteuse transformée et ses pilotes vont participer à la fête de l’agriculture de Vendée, le rendez-vous local annuel des courses de moissonneuses-batteuses, le Moiss Batt Cross. Dans l’équipe, ils sont quatre : Robin et Simon, les frères jumeaux, Antoine, le mécano, et Joris, le petit dernier de la bande. Robin et Simon travaillent dans l’exploitation familiale : céréales, volailles, bestiaux, “un peu d’tout et que du bio”, expliquent-ils. Antoine et Joris sont mécaniciens agricoles. Avec leur machine, surnommée “La Pucelle”, ils représentent fièrement les jeunes agriculteurs du canton de Mortagne-sur-Sèvre.

 
 Crématorium de Guyancourt - TARGO
 

“La Moiss Batt, on a découvert ça étant gamins dans les fêtes agricoles, explique Robin. On s’est toujours dit qu’un jour on en ferait une et puis, un jour, beh on l’a vraiment fait”.  Après 2 000 heures de travail et de nombreux weekends passés à découper et souder de la ferraille, les quatre copains ont transformé la vieille bête de somme en machine de course.

 
 

Dans l’Ouest de la France, les compétitions de moissonneuses-batteuses existent depuis une trentaine d’années. À l’époque, les fêtes agricoles n’ont plus la cote. Pour relancer l’intérêt du public, les fédérations locales de jeunes agriculteurs ont l’idée de transformer de vieilles moissonneuses-batteuses laissées à l’abandon au fond des granges en engins de course. Aujourd’hui, les compétitions ont encore lieu lors des fêtes agricoles, une à deux fois par an.  Et “tout l’monde ne vient que pour les Moiss Batt”, assure la Team Malo’rrie.

 
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À quelques heures du départ, c’est le branle-bas de combat à La Blaire. La machine est révisée puis nettoyée. Pour la Moiss Batt, interdiction formelle de rouler sur la voie publique. “Elle n’est pas homologuée, explique Simon. Alors si jamais on accroche une bagnole, ça la fout mal.” Pour se rendre sur le lieu où aura lieu la course, il faut se résoudre à transporter la machine sur une remorque de camion. Après une bière vite expédiée pour se mettre d’accord sur l’itinéraire, la machine est chargée sur le plateau. S’ensuit un trajet d’une quarantaine de kilomètres à travers les routes étroites du bocage vendéen pour rejoindre la Châtaigneraie, le lieu où se tient cette année la compétition.

 
 
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Le surlendemain nous retrouvons la Team Malo’rrie qui a pris ses quartiers aux côtés d’une vingtaine d’autres Moiss Batt dans un immense champ prêté pour l’occasion. Pour le weekend, le campement a été dressé juste derrière la machine : deux caravanes, quelques tentes, un barbecue et une tireuse à bière. “Ici, c’est une course mais pas vraiment une compétition. Il y a bien un classement mais on s’en fout un peu. Nous ce qu’on veut, c’est rouler, s’amuser et surtout faire la fête”, assure Robin qui émerge doucement de la soirée à priori arrosée de la veille.

Les règles d’une compétition de Moiss Batt sont simples : chaque course dure dix minutes. La machine qui boucle le plus de tours remporte la course. Celle qui remporte le plus de courses remporte la compétition. Pour la première course de la journée, c’est Robin qui va prendre le volant. Mais d’abord, il faut passer le test d'alcoolémie obligatoire. “Avant chaque course, il faut souffler, faut être en dessous de 0.2, explique le pilote. Si tu roules bourré, il y a plus d’accidents. C’est même arrivé, je crois, que des fois les gars se tapent dessus à la fin de la course”, s’amuse le pilote avant de souffler. Pssssssssssschh. Le test est réussi.

 
 
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Une fois sa combinaison de travail enfilée et un casque de moto cross ajusté, le pilote grimpe dans la cabine. “Venez m’filer un coup de main pour m’accrocher”, assène-t-il à ses coéquipiers. Il faut plusieurs minutes à l’équipe pour parvenir à ajuster la ceinture de sécurité du pilote qui lui permettra de rester bien en place en dépit des chocs. Un tour de clef plus tard le gros moteur de la machine démarre, faisant jaillir la fumée noirâtre des pots d’échappement. Un grand crac au passage de la première vitesse et la Moiss Batt prend la direction de la piste. Elle est suivie d’une vingtaine d’autres machines bariolées. Toutes ont un surnom : “La Féroce”, “La Vieille Sauteuse”, “La Métiveuse”.... Derrière les barrières de sécurité, 5 000 personnes sont rassemblées pour assister au départ et tenues en haleine par les voix des deux commentateurs de l’évènement.

 
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Un coup de klaxon retentit, puis d’un mouvement de drapeau, le commissaire de course donne le départ. Les machines s'élancent sur la piste : le combat peut commencer. Rapidement, une épaisse poussière envahit le circuit. Dès le troisième tour, la “Lu7”, rate son virage et termine sur le toit, pour le plus grand bonheur du public. On aide le pilote à s'extraire. Il rigole et salue la foule, sain et sauf. Deux chariots élévateurs remettent rapidement sur ses quatre roues la Moiss Batt accidentée. La course peut reprendre.

Sur le circuit, les pare-chocs s’entrechoquent. Au volant de “La Pucelle”, Robin encaisse les coups. Il est suivi de près par la Châtaigne qui tape à plusieurs reprises les barres de fer de la Team Malo’rrie. Son adversaire essaye de forcer le passage en prenant le virage par l'intérieur. Robin repousse l’offensive une première fois, puis une deuxième. Mais devant la puissance du moteur de son concurrent, il est obligé de s’incliner dans la ligne droite. La moissonneuse-batteuse rouge termine la première course du weekend à la cinquième place, une satisfaction pour l’équipe. La machine a bien roulé. Le pilote lui, est recouvert de poussière.

 
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De retour dans les paddocks, Robin refait la course un verre de bière à la main. “J’étais derrière et il y avait tellement de poussière que j’voyais même plus l’cul de celle de devant.” “Au volant, t’as l’impression d’avoir un gros bolide, explique le pilote. Et puis, une machine qui a de la puissance, tu accélères puis tu pousses, tu doubles, ça ferraille sur le démarrage. J’aime bien ça.”

Dans les stands, on a sorti le rosé et la charcuterie. Famille, amis et amis des amis: ils sont plus d’une vingtaine, tee-shirts rouges floqués Team Malo’rrie, à avoir fait le déplacement pour donner de la voix et encourager le canton de Mortagne-sur-Sèvres.

 
 
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Tout le weekend, les courses s’enchaînent, les pilotes et les coups aussi. Robin, Simon, Antoine et Joris terminent à la cinquième place, leur meilleur classement depuis qu’ils ont commencé la compétition. L’an prochain, la Team Mall’orie et sa Moiss Batt rouge seront de retour. Mieux, la compétition aura lieu juste à côté de La Blaire. Petit sourire en coin, on prévient : “On va jouer à domicile”.

Article publié le 9/10/2018

 

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