LES FRÈRES DANSEURS DU LION

SPOILER : Y EN A UN QUI FAIT LA TÊTE ET L'AUTRE LA QUEUE. 

Eddy, c'est la tête. Calvin, la queue. Dans la vie, les deux frères partagent les mêmes parents mais aussi un costume commun : celui du lion des danses traditionnelles chinoises. TARGO les a suivi pendant le défilé du Nouvel An chinois le 25 février dernier à Paris. 

Les bruits des tambours et des pétards résonnent depuis le début de la matinée entre les tours de béton du XIIIe arrondissement de Paris. Au milieu de la foule qui se masse le long de l’avenue d’Ivry, un cortège dépareillé essaye péniblement de se frayer un chemin. “Plus vite, plus vite”, crie un jeune homme à la petite troupe. “On est en retard, chaque année c’est la même chose”, lance t-il à son voisin. “On va encore se faire engueuler”, lui répond ce dernier, sans pour autant presser le pas.

Ces deux ados, qui discutent en traînant derrière eux une tête de lion rouge vif en bambou et en papier mâché, ce sont Calvin et Eddy, deux frères. Ils partagent le même costume et la même passion, la danse du Lion. Pour eux, ce samedi froid de février est le jour le plus important de l’année : c’est le défilé du nouvel an chinois. Avec une cinquantaine de danseurs et de musiciens de l’association à laquelle ils appartiennent, Lion Dance Franco Asiatique, ils vont enchaîner les représentations toute la journée.

 
 Eddy, la tête.

Eddy, la tête.

 Calvin, la queue.

Calvin, la queue.

 

Le rituel de la danse du lion remonte à l’antiquité. Personne ne connaît vraiment son origine, mais Calvin, le plus âgé des deux frères, raconte volontiers son mythe fondateur le plus répandu : “Dans la légende, un monstre descend de la montagne pour effrayer les enfants. Pour se défendre, ils utilisent un déguisement de lion avec de la musique et des pétards pour faire du bruit et effrayer le monstre.”

Dans le binôme, chacun a une place bien précise. Eddy, le cadet, joue la tête du lion et Calvin, l’aîné, prend toujours place dans la queue de l’animal. Quand ils sont sous le costume, ils n’ont pas besoin de se parler. Chacun connaît son rôle.

Le premier tient en mains la tête du fauve tandis que le second, derrière, se penche en avant et tient son frère par la taille. “C’est la tête qui donne le rythme”, explique Eddy avec une pointe de fierté. “Derrière, mon frère doit toujours me suivre en restant courbé. Il doit surtout être bien dans mes pas. Si je pars dans une direction, il me suit. Si je choisis un tempo, il me suit aussi.”

 
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Après une demi-heure de marche, les deux frères et le reste des danseurs arrivent enfin devant l’église Notre-Dame-de-Chine, leur point de ralliement. C’est devant la façade décorée pour l’occasion qu’ils vont danser toute l’après-midi. Après un sandwich avalé à la va-vite, c’est déjà l’heure d’enfiler le costume. Pendant une dizaine de minutes, le lion rouge des deux frères dansent en rythme avec deux autres binômes devant la foule.

“Quand on joue la queue, on doit tout le temps rester accroupi. Alors que la tête, elle, peut rester debout”, explique Calvin encore essoufflé. “Moi quand je danse, je ne vois rien devant moi à part les pieds de mon frère”, détaille l’aîné. “La seule manière que j’ai de m’orienter, c’est de suivre ses mouvements. Souvent ça marche, mais parfois ça part un peu en sucette. Enfin, heureusement, c’est rare quand même hein.”

Leur passion commune n’est pas nouvelle. “Quand on était petits, nos grands parents habitaient dans le quartier chinois, raconte Calvin. Ils nous emmenaient tout le temps voir danser les lions”. “On se disait toujours que plus tard, en grandissant, on en ferait aussi“, ajoute Eddy. Il y a deux ans, les deux frères ont rejoint l’une des six associations qui existent à Paris.

Toute l’année, une fois par semaine, Eddy et Calvin retrouvent une cinquantaine d’autres danseurs pour s’entraîner. Pour trouver l’alchimie parfaite entre les deux partenaires, il n’y a pas de recette miracle. Il faut répéter jusqu’à ce que les mouvements deviennent fluides, presque naturels. “On doit réussir à mimer au mieux ses déplacements et sa manière de rugir”, explique Eddy.

 
 
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Aujourd’hui, jour du défilé, les répétitions acharnées semblent avoir porté leurs fruits. Sur le bitume du XIIIe arrondissement, les frères lions vont enchaîner une vingtaine de représentations dans la journée sans une seule fausse note.

Au rythme des tambours, la bête se lève, secoue son imposante tête en bambou et remue son arrière-train. D’un coup, le lion s’effondre sur le trottoir et les tambours cessent. Doucement, une femme s’approche de la bête assoupie et lui donne un bout de laitue, symbole de prospérité, de bonheur et de richesse. L’animal prend la salade dans sa mâchoire et la réduit en morceaux avant de les recracher sur la foule dont les applaudissements sont vite masqués par le bruit assourdissant des pétards.

À peine ont-ils eu le temps de souffler qu’il faut à nouveau reprendre place dans la bête, le défilé n’attend pas. D’un coup, les tambours reprennent, l’animal se lève et disparaît dans le cortège.

Article publié le 5/03/2018

 

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