LE CHAMAN BRETON

UNE JOURNÉE. AVEC DES ANIMAUX TOTEMS. DANS LA FORÊT DE BROCÉLIANDE.

Bernard Cambou est magnétiseur depuis plus de 30 ans. C'est dans la légendaire forêt de Brocéliande, en Bretagne, que le "soignant" a élu domicile. Régulièrement, il organise des stages payants dans la forêt pour "rétablir l'harmonie de l'âme et du corps". Au programme, cérémonie au tambour chamanique et séance d'hypnose à la rencontre de son animal totem.

Dans le seul café déjà ouvert de Paimpont, un homme en K-way Quechua bleu sirote un expresso les yeux rivés sur son téléphone. Il est un peu plus de huit heures du matin et une dizaine de personnes manquent encore à l’appel.

Bernard Cambou est magnétiseur. Grâce à un supposé “don”, il guérirait certaines personnes en manipulant leur corps et leur esprit. Il y a une trentaine d’années, le quinquagénaire a quitté son poste au ministère de la justice pour ouvrir son propre cabinet. En plus de ses consultations en ville, Bernard propose des stages “thérapeutiques” dans la forêt de Brocéliande, en Bretagne, “pour réparer ses blessures”. Dix heures de méditation en groupe, pour une centaine d’euros la journée. Dix-sept personnes sont inscrites pour la séance d’aujourd’hui, majoritairement des femmes d’une cinquantaine d’années mais aussi quelques hommes, plus jeunes. Tous bien intégrés dans la société.

 
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C’est le début de l’hiver et la séance a pour but de faire “le bilan de l’année”. Sur le parking qui mène à la première étape du parcours, le magnétiseur a rassemblé le petit groupe en cercle. “On subit nos pulsions parce qu'on est pas en paix, parce qu'il y a quelque chose qui s'agite en nous”, explique Bernard sur un ton solennel aux stagiaires blottis dans leurs capuches colorés mouillées par le crachin breton. “Donc on va essayer tout au long de la journée de trouver ce sentiment de verticalité, de rentrer dans son silence intérieur, dans cette tranquillité un peu de l'âme.”

À quelques mètres de là, la supposée sacrée chapelle Saint-Jean attend les membres du groupe. Mais pour y parvenir, chacun doit tenir deux baguettes métalliques dans les mains, “s’arrêter quand elles se ferment et attendre qu’elles se rouvrent pour continuer à avancer”. “Ce sera important d'y aller un par un. Vous allez toucher le mur de la chapelle, et vous demandez l'autorisation de poser la paix par rapport à cette journée”, précise Bernard. “C'est la clef de démarrage énergétique de Brocéliande.”

Sans se faire prier, la petite troupe se dirige en file indienne vers le mur en pierres, baguettes en main. Un jeune homme en K-way gris montre sa gorge à Bernard. Il a du mal à respirer. “C'est le point de l'union ici. C'est l'union de tous les courants énergétiques européens. C'est l'union, c'est le point central de toute l'Europe. C'est ici. À cet endroit là”, lui murmure Bernard, cigarette en bouche.

 
 
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En France, le magnétisme n'est pas reconnu par l'Académie de médecine et aucun diplôme ne valide la profession. Pourtant, il existerait près de 8 000 magnétiseurs en exercice dans le pays. En Bretagne, la croyance dans les guérisseurs, héritée de la mémoire collective, est restée particulièrement tenace. Dans le groupe d’aujourd’hui, tous ont déjà médité dans la forêt de Brocéliande, connue pour ses légendes et ses mythes.

Bernard admet volontiers que beaucoup de gens restent “sceptiques” face à la pratique. “La place de thérapeute on se l'autorise que de soi-même. Y a personne qui va vous adouber en vous disant : ‘t'es thérapeute, t'es psychanalyste’", explique t-il en marche vers le second lieu de la journée. Derrière lui, les capuches colorées continuent de marcher, silencieuses. “Faut le vivre, c'est qu'une question d'expérimentation.”

Couchés par terre dans des duvets au milieu de la forêt, les stagiaires ont les yeux fermés depuis une dizaine de minutes. Au milieu du cercle, Bernard frappe en rythme sur un tambour en tournant autour d’un bâton sur lequel sont accrochées des perles et une plume rouge.

 
 
 
 

La voix de Bernard guide la méditation : “Écoutez le vent. Boum boum. Vous allez partir en voyage. Boum boum. Partir en quête de cet animal totem. Boum boum. De celui qui va correspondre le mieux à votre essence. Boum boum. Celui qui vous permettra de faire l'intermédiaire entre vous, et la nature.” Boum boum.

Une trentaine de minutes plus tard, les sacs de couchage commencent doucement à remuer. “En fait pendant ce genre de chose, et ça dure qu'une demi-heure, on dort pas hein. Ce qu'on prend pour du sommeil c'est vraiment le voyage astral”, explique le magnétiseur. Une femme se lève en pleurs en se plaignant d’un mal de dos. “On peut partir en voyage astral voir plein de choses et comme dans un rêve, n'en avoir aucun souvenir. Aucun. Mais ça n'a aucune importance. C'est ce qui va s'intégrer dans l'énergie.”

À la tombée de la nuit, une dizaine de disciplines sont encore présents aux côtés de Bernard. Ils se réunissent autour de l'hotié de la fée Viviane, au sud de la forêt, pour faire le point sur la séance “animal totem” de l’après-midi. Dans la quasi obscurité, certains expliquent avoir vu des ratons-laveurs, des lions, des chevaux. D’autres, pas grand chose. À chaque témoignage, Bernard y va de sa petite explication. “Le cheval, c’est fougueux, courageux, ça te correspond vraiment.”

 
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Il est un peu plus de 19 heures et le petit groupe est désormais complètement plongé dans le noir. Quelques bougies placées à l'intérieur de l'hotié éclairent la scène. Bernard tient à clôturer la journée par une petite séance de musique. Chacun sort un instrument de son sac. Triangles, tambours et hochets s’entremêlent plus ou moins en rythme. Gling gling gling, boum boum, toum toum.“Ouaiissssss. Pas maaalllll. Vous avez senti par moment comment ça décollait ?” s'enthousiasme Bernard à la fin du concert improvisé. “On peut partir en transe comme ça !” s’exalte un des stagiaires. “Bah ouais ! Puis c'est un lieu fait pour”, renchérit Bernard avant de clôturer une bonne fois pour toute la journée. “Tout ça mérite un petit hug”.

Article publié le 1/01/2018

 

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