INTO THE BLANC

L'EXPLORATEUR À LA CONQUÊTE DU PÔLE SUD

À 26 ans, le plus jeune explorateur français s'apprête à réaliser un exploit. En novembre prochain, Matthieu Tordeur va tenter de traverser l'Antarctique en ski, en solitaire et en autonomie totale pendant 50 jours. Du choix des gants au poids de la pulka, tout doit être calculé au millimètre près pour le jour J. Seul au pôle Sud, sous -40 degrés, Matthieu n'a pas vraiment le droit à l'erreur. Alors pour éviter de perdre ses doigts sur un malentendu de choix de fibre synthétique, Matthieu s'entraîne. Beaucoup. 

Pourquoi tu as décidé de t’embarquer dans une telle galère ?

M.T : J’ai toujours été fasciné par l’Antarctique. C’est une terre un peu mystique, sauvage et éloignée de tout. D’ailleurs, on dit souvent qu’on connaît moins bien l’Antarctique que la surface de la lune. Ça, moi ça m’attire. Faire une expédition polaire ne s’est pas fait sur un coup de tête mais l’idée remonte à il y a quelques années. Je suis allé au Groenland en 2015 et avant ça, je suis allé en Norvège pour un trip à ski et en traîneau. Ces deux expériences m’ont encore plus donné envie de tenter l’aventure. J’ai envie de me retrouver dans cet environnement très sauvage, hostile, et de marcher sur les traces des premiers explorateurs polaires.  

 
  Matthieu au Groenland en 2015 - Matthieu Tordeur

Matthieu au Groenland en 2015 - Matthieu Tordeur

 

Comment tu prépares ton expédition ?

M.T : Je suis allé dehors, dans la nature et dans le froid. Je suis me suis d’abord entraîné en Norvège. Puis, j’ai mis le cap sur l’archipel du Svalbard, au milieu de l’océan Arctique. Les conditions y sont très proches de celles que je vais rencontrer au pôle Sud et on n’y croise presque personne. Pour moi, c’est parfait. Il y a aussi une grande part de préparation mentale que je travaille comme un muscle depuis de nombreuses années en repoussant mes limites à chaque nouvelle expédition. Puis, une partie moins glamour qui consiste à rechercher des partenaires, des sponsors et des soutiens…

Qu’est-ce qu’on met dans sa valise quand on part en Antarctique ?

M.T : Je vais traîner 50 kilos de matériel dans une pulka. C’est une sorte de grande luge. J’emporterai ma tente, mon sac de couchage, de la nourriture et aussi de l’essence pour le réchaud. Chaque jour, je brûlerai un kilo de matériel pour me faire à manger et me chauffer. J’aurai aussi un téléphone satellite que je rechargerai grâce à des panneaux solaires.

 
  Matthieu prépare son matériel pendant un entrainement au Svalbard - Matthieu Tordeur

Matthieu prépare son matériel pendant un entrainement au Svalbard - Matthieu Tordeur

 

Tu vas vraiment te les peler ?

M.T : La température moyenne sera de -30 degrés. Le thermomètre pourra descendre jusqu’à -50 degrés si le blizzard se lève. Le plus dur sera de n’avoir aucun repère temporel. Pendant l’été austral, il fait jour en permanence. Je n’arriverai pas à faire la différence entre midi et minuit sans regarder ma montre. Je devrai aussi me méfier des “jours blancs” : quand le vent souffle, tout devient blanc et on ne peut pas distinguer le sol du ciel. Dans ces conditions, c’est facile de tourner en rond pendant plusieurs heures voire plusieurs jours. Je devrai donc faire entièrement confiance à mon GPS et à ma boussole.

L’Antarctique, c’est dangereux ?

M.T : En Antarctique, on n’a pas le droit à l’erreur. Si jamais je perds un gant ou que je fixe mal un ski, la situation peut rapidement dégénérer. La moindre petite bêtise peut en entraîner une beaucoup plus grosse. C’est donc un peu fou oui, mais avec une bonne préparation les risques sont réduits. En Antarctique il y a quelques crevasses, mais je serai sur la terre ferme, pas sur de la glace. Et puis, il n’y a pas d’ours. C’est toujours un danger en moins (rires).

Et en cas de pépin, tu fais quoi ?

M.T : Tous les jours, j’aurai un rendez-vous radio avec un centre de logistique basé sur la côte du continent Antarctique. C’est obligatoire quand on se rend là bas. Si je loupe deux appels, ils se rendront en avion sur ma dernière position GPS connue. En cas de blessure, il faudra que j’arrive à monter ma tente le plus rapidement possible et à y rester en limitant mes mouvements en attendant les secours et en mangeant des rations de survie. Contrairement à un navigateur seul en mer qui passe par dessus bord et qui voit son bateau partir seul, pour moi il n’y aura rien de fatal ou tout du moins ça sera un peu plus lent.

Tu flippes un peu ?

M.T : Je n’ai pas peur mais au départ, quand je commence une expédition, je suis un peu fébrile, j’appréhende et je cogite. Puis, au fur et à mesure que j’avance, je m’y habitue et je deviens même heureux d’être là (rires).

 
  La tente de Matthieu pendant un entrainement - Matthieu Tordeur

La tente de Matthieu pendant un entrainement - Matthieu Tordeur

 

Ça ressemble à quoi, une journée en Antarctique ?

M.T : Déjà, on doit tout faire avec des gants. Il faut arriver à manipuler son réchaud, monter sa tente ou se changer en faisant attention au moindre mouvement. Si on reverse le réchaud, la flamme peut mettre le feu à la tente et si on met le feu à la tente, on a plus de tente. Par - 40 degrés, ça devient un problème, un vrai. Toutes les actions doivent être les plus efficaces possibles. Quand on entre dans la tente il ne faut plus avoir besoin d’en sortir. Pour faire ses besoins, c’est pareil. Si c’est pipi, on va faire ça dans une petite bouteille, si c’est pour la plus grosse commission il faut s’organiser et s’exposer le moins possible au froid.

Tu penses à quoi quand t’es seul tout seul avec ta chapka et ton traîneau ?

M.T : C’est assez exaltant de se retrouver seul, au milieu de nulle part. C’est quand même un privilège de se retrouver dans un endroit aussi beau, même s’il reste très hostile pour un humain. Je ne suis pas quelqu’un de très solitaire mais je trouve qu'aujourd’hui on est rarement tout seul. Je trouve donc ça intéressant de se retrouver vraiment tout seul en pleine nature en revenant à l’essentiel, c’est-à-dire : boire, manger, faire du ski et dormir.

Article publié le 2/04/2018

 

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