LA FAMILLE
montgolfiÈRE

AU NOM DU PÈRE, DU FILS ET DE LA MONTGOLFIÈRE.

Dans la famille Ouvrard, il y a Jean-Daniel, le père, Rémi, le fils, la mère, les deux autres frères, et la dizaine de montgolfières stockées dans le garage. TARGO a rencontré tout ce beau monde et embarqué à bord d'une montgolfière Ouvrard à Châtellerault, dans le centre de la France. 

“Rémi, est-ce que tu me reçois ?” Deuxième tentative : “Rémi, est-ce que tu me reçois ?” Toujours rien. “Ouais, je te reçois cinq sur cinq”, crache finalement le haut-parleur du talkie-walkie. À six cent mètres de hauteur, deux immenses montgolfières glissent paisiblement au dessus de la Vienne. Chacun dans sa montgolfière, Jean-Daniel Ouvrard, pilote depuis 25 ans et son fils Rémi, pilote depuis six ans, sont aux commandes.

Chez les Ouvrard, la montgolfière est devenue une affaire de famille. Pourtant, rien ne prédestinait Jean-Daniel, le père, à faire du ballon son métier et sa passion. “J’étais responsable du rayon vins dans une grande surface, raconte le pilote. Mais à côté j’avais une passion, c’était la photographie.” Il décide alors de s’inscrire dans une école d’arts plastiques. Diplôme en poche, il est envoyé couvrir une compétition de montgolfières. C’est là qu’il a le déclic. “Du matin au soir je montais avec des pilotes. Ils m’ont convaincu de suivre une formation et de devenir pilote à mon tour. Puis après, vous achetez un ballon, puis deux, puis trois…”

Depuis, Jean-Daniel Ouvrard est l’un des pilotes les plus expérimentés de France avec à son palmarès plus de 3 400 heures de vol et un record d'altitude à 4 359 mètres.

 
 Calvin, la queue.
 

Avant chaque vol, le rituel est le même. Jean-Daniel et Rémi se retrouvent dans la maison familiale, à Châtellerault, pour un point météo. “En ballon, tu sais d’où tu décolles, mais jamais où tu vas atterrir, prévient le père. Tu es entièrement dépendant du vent.”

Dans le bureau de Jean-Daniel où s’entassent les médailles, les affiches de montgolfières et les photos de famille, père et fils choisissent ensemble le meilleur spot pour décoller. Pour le vol de ce soir, ce sera une clairière abritée du vent à quelques kilomètres d’ici. Le décollage est prévu pour 20h tapante.

À l'extérieur de la pièce, le reste de la famille les attend. “Un Ouvrard, même s’il n’est pas pilote, n’est jamais très loin d’un ballon”, nous assure Rémi. Dans la fratrie, Aurélien, l’aîné, et Paul, le benjamin, sont navigateurs. Tous ont grandi en même temps que le stock de montgolfières du père. “Tous mes garçons ont commencé à voler alors qu’ils avaient à peine deux ans. Ils essayaient de se tenir avec le bras autour du brûleur.” Sandrine, la compagne de Jean-Daniel, fait elle aussi partie de l’équipe. Elle est en charge du “retrouving”, la récupération du ballon après son atterrissage.

 
 
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Si Rémi et Jean-Daniel seront les pilotes du vol de ce soir, toute la famille est mise à contribution pour charger nacelles et voilures dans des remorques aux couleurs des montgolfières. Jean-Daniel en tête, le convoi s’engage sur les petites routes en périphérie de Châtellerault, dans le centre de la France.

Sur le chemin, Rémi, 24 ans, nous raconte comment “comme Obélix”, il est tombé dans la marmite quand il était petit. “J’ai commencé à travailler avec mon père dès que j’ai pu atteindre le brûleur, s’amuse-t-il. “Quand je travaillais avec lui le weekend et que je me retrouvais, assis en cours le lundi matin, je regardais par la fenêtre et je le voyais souvent passer au dessus. C’est là que j’ai su que c’était ce que je voulais faire”.

 
montgolfiere-interieur
 

Un signe de Jean-Daniel de la main et toutes les voitures bifurquent soudainement dans un champ. À travers les herbes hautes, les véhicules se frayent un chemin et s’arrêtent à bonne distance des arbres qui bordent la clairière. Une étrange chorégraphie se met alors en place.

Les nacelles sont d’abord couchées sur le flanc. La voilure est accrochée par des filins à la cage d’osier. Puis un ventilateur est placé derrière les brûleurs. Les pilotes se glissent entre les montants métalliques, actionnent les manettes et les flammes jaillissent. En une trentaine de minutes, les deux ballons sont entièrement gonflés, prêts à décoller.

 
 
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Aujourd’hui, c’est Rémi qui s’envole en premier. Un grand coup de brûleur, et l’embarcation s’arrache du sol. En quelques secondes, le pilote passe aisément au dessus de la cime des arbres. “Pour monter, on actionne un brûleur qui envoie de l’air chaud dans le ballon”, explique le jeune homme. “C’est la différence entre l’air chaud à l’intérieur du ballon et l’air froid à l’extérieur qui fait grimper la montgolfière”.

Au dessus de Châtellerault, les deux ballons se suivent, portés vers l’Est par le vent. Au fur et à mesure qu’ils prennent de la hauteur, l’horizon s’agrandit. Au sol, les voitures et les maisons rétrécissent. Les bruits des conversations, en bas dans les jardins, et quelques aboiements de chiens parviennent jusqu’à la nacelle.

 
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“Quand vous êtes dans une montgolfière, vous n’avez aucune notion du temps. Vous ne savez pas si vous avez volé dix minutes, une heure, deux heures”, explique Jean-Daniel. “Comme les plongeurs qui ressentent l’ivresse des profondeurs, les pilotes de montgolfière ont l’ivresse de l’altitude.”

“C’est un spectacle la montgolfière, explique Rémi. Il n’y a aucune barrière entre nous et les gens au sol. Vous pouvez discuter et ils vont font des coucous, de grands coucous.”

Parfois pourtant, l’accueil est moins chaleureux. “Une fois, mon père passait au dessus d’une forêt et a entendu des craquements sous la nacelle, raconte Rémi. En se penchant, il s’est rendu compte qu’on était en train de lui tirer dessus au fusil de chasse. Les balles venaient d’un campement installé en bas. Les tireurs devaient trouver ça drôle, mon père, lui, beaucoup moins. Il a vite foutu le camp”.

 
 
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Les deux ballons sont dans les airs depuis plus d’une heure. La nuit, qui commence à tomber, vient annoncer la fin du vol. Pour les deux pilotes, il faut maintenant trouver un endroit où se poser avant que l’obscurité leur complique la tâche. Jean-Daniel se saisit de la radio et contacte l’équipe de récupération qui le suit en voiture depuis le sol : “vous pensez que je peux me poser sur le côté là ?”, demande-t-il en désignant un champ du bout du bras. La réponse est affirmative.

Le pilote, à l’aide d’une corde, ouvre des trappes situées en haut de la voilure. Aussitôt, l’air chaud est expulsé en dehors du ballon. L’altimètre, qui sonne d’un bip continu, confirme au pilote que la montgolfière est bien en train de descendre. Un peu trop même. En tirant sur la manette du brûleur, le pilote essaye de reprendre de l’altitude mais il est déjà trop tard. La nacelle touche la cime des arbres et embarque, dans sa course, quelques branchages. “Rien de méchant,” assure Jean-Daniel.

 
bruleur-montgolfiere-interieur-flammes
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Cent mètres plus loin, le ballon touche le sol sans encombre dans un champ. Il est suivi, à quelques minutes d’intervalle, par Rémi qui vient se poser sur les bords d’un cours d’eau. La nuit est tombée. Avant de rentrer, il faut encore replier la voilure emmêlée de quatre vingt mètres de long. “Il vaut mieux être en haut, conclut Jean-Daniel. Il y a moins de souci, vous êtes pratiquement seul et quand vous revenez en bas, alors là, vous avez tous les problèmes qui reviennent.”

Article publié le 15/06/2018

 

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