CROQUE-MORT POUR ANIMAUX

J'AI ENTERRÉ POUPOUNE

 

Il est l'un des seuls en France à enterrer et incinérer nos chers animaux de compagnie : Cédric Malin est croque-mort pour animaux. De l'incinérateur animalier au cimetière d'Asnières, en banlieue parisienne, TARGO a suivi le trentenaire dans son quotidien pendant une journée. 

Les yeux embués, une femme scrute la vitrine où sont exposés des modèles d’urnes funéraires motif “pattes de chat”. Quelques photos de chiens qui gambadent dans un jardin arborent les murs jaunis de la petite salle d’attente du crématorium. “C’est bon Cédric, tu peux y aller.” Le propriétaire des lieux vient de débouler du local technique adjacent. Il tient la porte à un homme aux joues creuses. Une grosse caisse métallique dans les mains, il pénètre dans la salle où tourne le four crématoire depuis le début de la matinée.

 
 Crématorium de Guyancourt - TARGO
urne animaux
 

“Donc là je vais préparer le corps et le placer dans le cercueil avant la mise en flamme.” Cédric Malin est du genre méticuleux. Il y a 8 ans, cet ancien graphiste trentenaire a tout plaqué pour lancer sa propre société de pompes funèbres animalières, Animémoire. En France, il est l’un des seuls ”croque-morts” dédiés aux animaux de compagnie. Chaque mois, il prend en charge 10 à 40 animaux, du lieu de décès à l’incinération ou l’inhumation. “Des chiens et des chats principalement, mais j’ai aussi eu des poissons, des tortues, des oiseaux, des rats, et même un cochon !”

 
croque mort animaux
 

Dans la salle blanche carrelée du crématorium animalier de Guyancourt, en région parisienne, il dispose le petit cercueil en carton biodégradable sur un grand chariot métallique avant d’ouvrir la trappe du four. En France, enterrer son animal de compagnie dans son jardin est légal. À condition qu’il pèse moins de 40 kilogrammes et qu’il soit inhumé à plus de 35 mètres de lieux d’habitation ou de sources d’eau. À condition aussi d’avoir un jardin, pas évident pour les citadins, qui composent le gros de la clientèle de Cédric, lui aussi parisien depuis toujours.  

 
 
crematorium animaux
incineration animaux
 
 

“Moi, mon chat est décédé il y a maintenant une dizaine d’années. Et c’est vrai que j’étais un peu perdu à ce moment là. Je n’ai pas eu le choix entre l’incinération ou l'enterrement et j’aurais aimé qu’on m’aiguille à ce moment là”, explique le fondateur d’Animémoire. Ses journées, Cédric les passe en grande partie dans sa petite Clio grise, entre le crématorium de Guyancourt et le cimetière animalier d’Asnières, où il pratique la plupart de ses inhumations. “J’avais peur que ce soit un peu oppressant d’être auprès de gens malheureux toute la journée. Finalement, on reçoit plus de remerciements que de peine. Donc finalement on a la sensation de servir à quelque chose”, confie le trentenaire entre deux coups d’œil à son portable, “en cas d’urgence”.

 
 
cimetiere animaux paris
 
 

Il tient à nous montrer le cimetière historique. Mis en service en 1899, l'enceinte d'Asnières est considérée comme le premier cimetière pour animaux du monde. En France, il en existe désormais une vingtaine. “Souvent les gens préfèrent l’incinération, qui est moins coûteuse” (ndlr - environ 200 euros pour une incinération, 600 euros pour une inhumation), note pourtant Cédric. Derrière le grand portail en fer qui longe la Seine, quelques tombes plus ou moins grandiloquentes honorent la mémoire de chiens et chats aux illustres propriétaires. Il y a la statue de Barry, un épagneul qui aurait sauvé la vie de 40 personnes, Clément, le chien de Michel Houellebecq ou encore Kroumir, le chat d’Henri Rochefort.

 
 
cimetiere animaux asnieres
cimetiere animaux asnieres
 

À côté de la loge du gardien, un petit débarras a été transformé en salle de recueillement “pour les propriétaires qui veulent dire au revoir à leur animal”. “Même si on sait qu’on va lui survivre, ça reste quand même une tranche de vie. Il nous a accompagné pendant un certain nombre d’années et je pense qu’il fait partie intégrante de la famille”. Dans l’allée principale, “Poupoune, tu nous manques beaucoup” est gravé en lettres d’or sur une petite pierre tombale grise.

“Moi je me rends compte qu’en début d’activité, on avait beaucoup de propriétaires qui nous disaient qu’ils avaient entendu la fameuse phrase : “ce n’est qu’un animal, pourquoi tu fais tout ça ?”, raconte Cédric. “Et j’ai l’impression qu’avec le temps, les gens sont de plus en plus compréhensifs face au décès animal. Bientôt, tout le monde traitera l’animal de façon égale par rapport aux humains.”

Article publié le 21/05/2018

 

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