LES CHASSEURS DE FANTÔMES

À LA RECHERCHE DE L'ESPRIT DU BOUC DE REIGNAC

Depuis plusieurs années, les youtubeurs Hénix et Nat de la chaîne "Rencontres paranormales" passent la plupart de leur temps libre dans des lieux supposés hantés dans l'espoir de déceler la présence de signes paranormaux. TARGO les a suivis lors d’une de leur “enquête” dans la maison Forte de Reignac, dans le Sud-Ouest de la France, sur les traces d'un duc moyenâgeux vraiment pas sympa.

"Est-ce que le seigneur Reignac est présent parmi nous ?". Tsch tsch tsch. Plusieurs secondes passent. À priori, rien dans le bruit blanc de la spirit box. Mais Hénix est catégorique : "j'ai entendu une voix d'homme". "Merci monsieur, est-ce que vous pouvez nous confirmer votre présence par un oui ou un non ?" Tsch tsch tsch. "Est-ce que vous avez besoin d'aide ?", renchérit Nat. Tsch tsch. Pas de réponse cette fois.

 
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Un peu plus tôt,  Natasha 39 ans et son frère Ric 44 ans, ont débarqué en SEAT Ibiza noir sur le parking de la maison forte de Reignac, un château du XVIe siècle encastré dans une falaise de Tursac, en Dordogne. La semaine, elle, est commerciale dans une banque, lui, musicien dans la région de Clermont-Ferrand. Il faut attendre le week-end pour que ces deux passionnés du paranormal se transforment en Nat et Hénix, chasseurs de fantômes au plus de 14 000 abonnés sur Youtube.

 
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Maisons abandonnées, sites historiques, ruines… depuis un peu plus d'un an, le duo filme ses "enquêtes" dans des lieux supposés hantés pour les diffuser sur Internet, “gratuitement”, tient à préciser Hénix. Comme eux, une trentaine de youtubeurs français spécialisés surfent sur la vague du paranormal en s'inspirant des TV shows américains à coup de montages vidéo plus ou moins tirés par les cheveux, avec une idée en tête : capturer des images de “fantômes” et récolter les vues.  

"Même s'il ne se passe rien, on diffuse quand même. Le paranormal ce n'est pas du show", se défend pourtant d'emblée Hénix, cheveux gominés et blouson en cuir noir sur le dos. C'est lui, le grand-frère, qui s'est chargé de demander les autorisations de tournage au propriétaire des lieux de "l'enquête" de ce soir. "La plupart des phénomènes se passent dans le cachot, là où le seigneur Reignac violait et torturait des femmes", explique Hénix. "L'idée c'est de voir si le seigneur Reignac ou ses victimes sont encore dans les murs", poursuit Nat, brushing impeccable et lunettes de soleil sur le nez.

 
 
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Rapidement, le duo se mêle aux visiteurs du monument historique pour repérer les lieux tant qu'il fait encore jour. Ric est "dans le paranormal" depuis 1986. Comme beaucoup, il a commencé avec des séances de spiritisme entre amis avant de se lancer dans la chasse aux fantômes. Natascha, elle, s'y est mise un peu plus tard, "pour avoir un contact avec une personne chère qui avait disparue". Enquêter avec son frère, c'était "une évidence", "on est très fusionnel", reconnaît-elle. Les deux viennent "avant tout faire des rencontres", et "trouver des réponses". "On s'est tous posé la question 'y-a-t-il une vie après la mort ?' et nous on tente d'y répondre avec notre matériel", explique Ric.

Car qui dit chasseurs de fantômes dit équipement spécialisé censé fournir les preuves de l'existence de phénomènes paranormaux. Il y a la spirit box, un petit boitier noir qui balaie des fréquences radio et dans lequel les esprits pourraient communiquer, le détecteur de champs électromagnétiques, dont seraient constituées les entités, sans oublier l'appareil photo et la caméra infrarouge. Tous disponibles sur des sites spécialisés pour quelques centaines d'euros.

 
 
 
 

La nuit tombe sur la maison forte de Reignac. En attendant que les derniers visiteurs quittent les lieux, Nat et Hénix sympathisent avec la gardienne. "C'est pas la première fois qu'on reçoit ce genre de demande, la dernière fois, y en a même un qui a dormi toute une nuit sur place !", confie t-elle. Habillés en noir, caméra à l'épaule, chapelets autour du cou "pour éviter les possessions", Nat et Hénix sont fin prêts. Ils poussent la lourde porte d'entrée rouge.

"Bonsoir, moi c'est Hénix", "et moi, c'est Nat". Les deux chasseurs viennent de pénétrer dans la maison silencieuse plongée dans l'obscurité et de “se présenter aux esprits”. Ils progressent lentement au rez-de-chaussée avant de s'engager dans l'imposant escalier en pierre. C'est Hénix qui filme, Nat qui prend les photos. Au milieu des marches elle se stoppe, net. "Y a un ressenti différent ici tu trouves pas ?". Silence. Elle prend quelques photos au flash, "au cas où un spectre se manifeste". Le duo rejoint le fameux cachot pour une première “séance de spirit box”.

 
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Au total, le frère et la soeur vont passer plus d'une heure à déambuler dans la maison, entre le cachot, la chambre du seigneur Reignac et la salle de torture, à poser des questions aux esprits en espérant une réponse dans le petit boitier radio en plastique. "C'est eux qui décident d'entrer en contact ou pas. Si on a contact tant mieux sinon tant pis, ça fait partie du jeu", reconnait Hénix.

“L’enquête” touche à sa fin. Il est tard et Nat et Hénix ont promis de libérer les lieux avant 23h. "Ce soir y a eu quelques voix de femmes et d'hommes mais il faudra réécouter tout ça aux analyses comme d'habitude", explique le musicien à ses abonnés sous l'oeil de la face cam. Leur “reportage” sera diffusé d’ici quelques semaines sur leur chaîne Youtube. Nat le rejoint dans la lumière blanche du flash. "Voilà les amis merci de nous avoir suivis, prenez soin de vous et à bientôt", avant de lancer en coeur : "Tschussss !"

Article publié le 7/05/2018

 

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