LA DANSEUSE

DU CIEL

AVEC LA CHAMPIONNE DU MONDE DE CHUTE LIBRE

Avant de tomber dans la chute libre, Sophia Pécout était danseuse. Désormais championne du monde de vol relatif à quatre, elle raconte à TARGO son parcours atypique sur la scène de l'Opéra Comique à Paris avant de lâcher nos caméras à plus de 3000 mètres du sol.

Derrière le rideau qui sépare la scène des coulisses, une jeune femme brune, élancée, vêtue d’une petite robe noire, passe une tête. “C’est bien ici pour l’interview ?”

C’est sur la scène du mythique Opéra Comique, à Paris, que nous avons donné rendez-vous à Sophia Pécout, championne du monde de chute libre dans la discipline du vol relatif. C’est ici, sur une scène braquée par les projecteurs, que la parachutiste de 30 ans aurait dû passé sa vie. Pendant 10 ans, Sophia était danseuse avant de tout quitter “pour un sport de garçon”. Les yeux émerveillés par les dorures, elle raconte : “J’ai beaucoup aimé. J’ai fait ça pendant plus de dix ans et ça a été un vrai plaisir. Mais à un moment donné j’ai été fatiguée, j’ai décidé d’arrêter. Et je me suis dit… En gros, j’en ai marre des sports avec une ambiance pourrie et des jalousies dans tous les sens : je cherche un sport de garçon”.

 
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Aujourd’hui, la championne partage sa vie entre son travail à Paris dans le domaine de l’électronique et sa vie de sportive de haut niveau. Avec Pamela Lissajoux, Christine Malnis et Clémentine Le Bohec Sophia Pécout a tout gagné : double championne du Monde, double championne d’Europe... “Environ 15 jours par mois”, l’équipe s’entraîne dans des centres partout en France. C’est dans celui de Bondues, au nord de Lille, que nous la retrouvons quelques jours plus tard.

La championne a troqué sa robe noire contre une combinaison patte d’eph en vinyle noire cousue d’un écusson du drapeau français. Dans l’école de parachutisme de Lille Bondues, des dizaines de parachutistes sont réunis pour le stage. Des toiles de parachutes se tendent et se détendent un peu partout. “Dans une journée, on fait à peu près 12 sauts”, prévient d’emblée Sophia Pécout, en train de s’habiller avec ses co-équipières.

 
  Plan de vol du DC3 au dessus de la Normandie le 6 juin 1944. Photo : X.   Collection Yves Tarriel.
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Sur quatre petites planches à roulettes en bois, les quatre championnes répètent au sol les mouvements qu’elles réaliseront plus tard en l’air. Gauche, droite, tourner, demi-tour, droite, gauche. “À partir du moment où on sort de l’avion, on peut pas se parler entre nous”, explique Sophia. “Donc on s’entraîne au sol et dans des simulateurs de chute libre pour qu’au moment du saut, tout soit prêt et qu’il n’y ait pas de surprise.” L’hiver, l’équipe s’entraîne majoritairement en soufflerie, insensible aux conditions climatiques et bien moins chère que les sauts en avion (NDLR : chaque saut en avion coûte environ 100 euros à l’équipe).

Dans les hauts-parleurs, on annonce que c’est au tour des filles de monter dans l’avion. En deux temps trois mouvements, les parachutes sont sur le dos, les casques intégraux bleus au bout des mains. Dans la camionnette aux paroies motifs zèbres qui amène l’équipe sur la piste de décollage, une boule disco s’agite à chaque bosse. Une dernière répétition sur la terre ferme, et tout le monde prend place dans le petit avion à hélices. “On enchaîne trois à quatre sauts d’affilée”, explique Sophia.

 
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Serré sur les petits bancs de l’avion, un homme accompagne l’équipe de France féminine sur chaque saut. C’est Michel Laynaud, caméraman officiel de l’équipe et chargé de filmer les sauts pour les présenter au jury pendant les compétitions. À ses côtés, les visages des filles sont détendus. Le groupe plaisante. “J’ai plus les mêmes sensations qu’au début. Ça s’est pas du tout banalisé mais j’ai plus de sensations de peur ou d’appréhension. Maintenant c’est autre chose. C’est devenu le stress de la compétition. Et puis ça laisse juste place au plaisir”, raconte Sophia.

 
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À plus de 3 000 mètres d’altitude, l’une des co-équipières de l’ancienne danseuse ouvre la porte coulissante de l’avion. Le groupe se met en formation pour sauter, les corps sont à moitié dans le vide. À trois, les dix mains lâchent en même temps les poignées de l’avion. Les combinaisons noires s’éloignent petit à petit de l’avion dans une élégante forme d’étoile. Quelques mètres au-dessus, Michel filme chacune des 50 secondes de saut. “Les sensations de la chute libre c’est… bizarrement moi j’ai toujours dit que c’était très doux, confie Sophia. On imagine quelque chose d’assez brutal, d’un peu violent parce qu’on chute à 200 km/h. Ça reste de la chute mais c’est des sensations très enivrantes. On a un sentiment de plénitude, de liberté, assez fantastiques.”

 
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Brusquement, le groupe se sépare. Les corps s’éloignent rapidement les uns des autres. Un coup de main sur son sac à dos et le vent s’engouffre dans le parachute de Sophia. La championne est à environ 1 000 mètres d’altitude. Le bruit du vent s’estompe. Petit à petit, le silence s’installe. Lentement, la voile bleu blanc rouge virevolte vers le sol. “Ici on est tous addicts à ce sport là. Enfin on est pas tous addictes mais on peut le devenir très très facilement. Ça fait partie des sports et des loisirs qui sont addictifs. Quand on touche du doigt les sensations de la chute libre, soit on aime soit on aime pas, mais c’est souvent assez tranché.”

De plus en plus vite, les petites formes qui grouillent depuis le ciel de Lille Bondues se précisent. Sous les pieds de Sophia, le sol dévale. “Quand on met le doigt dans l’engrenage, souvent on s’arrête plus. Si moi je devais m’arrêter… aujourd’hui je l’envisage pas. Arrêter la compétition, oui ça arrivera un jour. Maintenant arrêter le parachutisme complètement… je me vois pas m’arrêter un jour.” La pointe du pied tendue, l’ancienne danseuse finit par effleurer le sol.

Article publié le 07/09/2018

 

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