LES CHEVALIER.E.S DU XXIE SIÈCLE

QUAND TU REGARDES LES VISITEURS UN SAMEDI SOIR ET QUE ÇA DÉRAPE.

Le 4 et 5 novembre a eu lieu la troisième édition du tournoi des Flandres à Tourcoing, dans le nord de la France. Des équipes de Béhourd, un sport inspiré de combats médiévaux, originaires de toute l'Europe sont venues s'affronter dans la lice créée pour l'occasion. TARGO a suivi l'équipe féminine française.

Concentrées, le regard braqué sur la lice, les cinq combattantes françaises sont prêtes à en découdre. “On a toujours les mêmes sensations avant [un combat] : les palpitations, l’envie de vomir, le stress un petit peu.” Le speaker annonce qu'il va falloir entrer sur le terrain. Armure : enfilée. Casque : positionné. Mode combat : activé.

 
 
behourd
 
 

Marjolaine et ses acolytes jouent au béhourd, un sport qui mêle amour pour les châteaux forts et uppercuts. Les combattants s’affrontent avec épées et boucliers dans un terrain délimité par une barrière en bois appelé la lice. Le sport de combat inclut aussi une dimension historique : à chaque armure son époque et sa zone géographique. Pour participer, chaque combattant doit élaborer son costume à partir d'une icône du Moyen-Âge bien spécifique. Pour Marjolaine, ce sera le XIVe siècle avec un magnifique bassinet à visière en guise de couvre-chef. Son équipement pèse lourd : à chaque combat elle porte entre 25 et 30 kilos d’acier trempé. Sur sa poitrine, elle porte fièrement les couleurs de son club parisien : une couronne surmontant un marteau, flanqué de deux fleurs de lys.

 
 

Dans le gymnase de Tourcoing, l’équipe de Marjolaine surnommée “Les Pucelles” entre en lice. L’équipe est un patchwork créé pour l’occasion, les cinq combattantes viennent chacune d’une équipe différente. Même si les armes ne sont pas tranchantes, leur équipement est examiné avec précaution par les arbitres pour éviter les blessures. “3,2,1 FIGHT !” L’arbitre sonne le début du combat. “Dans la lice, on tape, on se lâche ça fait du bien, on va plus loin que ce qu'on peut faire, on a mal, on continue”, assume Pénélope, une sœur d’armes. Sur le terrain, Marjolaine n’est pas du genre à se laisser faire. Du haut de son mètre 90 elle assène des coups répétés à une hollandaise coincée dans un coin de la lice. Son adversaire tombe à terre. Les spectateurs exultent : “Montjoie Saint Denis!”. Attention tout de même à ne pas trop s’approcher du bord. “Parfois on a des épées qui volent dans le public”, explique l’arbitre de touche.

 
 
 
 

La compétition est sans enjeu, le tournoi des Flandres clôture simplement la saison 2017. Pour les filles, c’est surtout l’occasion de se retrouver dans ce sport majoritairement masculin. “En club on est souvent pas assez nombreuses pour combattre en équipe” explique Marjolaine. La communication, l’organisation de l'équipe, la mise en place de tactique, tout est plus difficile, “mais c’est toujours mieux que de rester écuyère et de regarder les mecs combattre de l’autre côté de la lice”, assure Pénélope.

 
behourd
 

Marjolaine s’entraîne en Île-de-France dans le club mythique des Martels, le club formateur du président de la fédération internationale de béhourd, Edouard Eme. Les combattants se retrouvent deux fois par semaine dans un gymnase hors du commun, celui de la Garde Républicaine. Jerome Talochino, l'entraîneur des Martels, est lui même gendarme. Si sa profession déteint un peu sur les entraînements qui finissent généralement en série de pompes, il admet surtout être avantagé dans les combats. “Quand on se bat avec un fauchon, c’est le même mouvement qu’une matraque télescopique. Un coup de bouclier c’est comme un coup de poing.” Une méthode militaire qui semble fonctionner : la formation parisienne est la seule à avoir gagné deux fois les championnats de France.

À Tourcoing, les Pucelles ont dominé leurs adversaires et finissent premières dans la catégorie féminine. Après avoir reçu les félicitations du public, les combattantes se retrouvent dans les vestiaires entre hallebardes, haches et bannières. Il est temps de se déséquiper et de retourner en 2017. Le tournoi aura rassemblé 200 combattants, c’est plus que les années passées. Alors forcément pour Marjolaine on peut se permettre de rêver : “Il y a quelques siècles ce sport était aussi populaire que le football. On espère que ça va revenir à fond !”

Article publié le 18/12/2017 

 

Plus d'histoires

LE CHAMAN
BRETON

Une journée avec un chaman breton en forêt de Brocéliande. Avec des animaux totems.

LES FRÈRES DANSEURS
DU LION

Spoiler : y'en a un qui fait la têtte et l'autre qui fait la queue.

INTO THE
BLANC

L'explorateur à la conquête du Pole Sud.